mercredi 4 février 2009

Destitution du Maire d'Antananarivo: une décision inappropriée et inefficace

Vous avez été nombreux depuis hier après-midi à me demander de prendre position sur la destitution du Maire d’Antananarivo par le Président Ravalomanana.

La situation me semble catastrophique pour commenter toutes actions tactiques des protagonistes.
Entre temps l'économie du pays tourne au ralenti, la population souffre et paie cher, au sens propre, cette gesticulation stérile.
Les denrées de premières nécessités deviennent de plus en plus rares, donc les prix à l'étalage flambent; les entreprises gèlent leurs projets d’embauche et d’expansion; les investisseurs, très “bullish” sur Madagascar il y a encore quelques semaines, se posent la question d’aller ailleurs à la place.
Pensez vous que des groupes comme Rio Tinto, ayant actuellement des gros soucis de trésorerie et d’endettement, vont se ‘prendre la tête’ avec nos querelles de ‘chaises’?

Mais néanmoins, je vous donne mon avis:

Le remplacement par un PDS du Maire d’Antananarivo est dans le prérogative actuel du Président de la République mais cette décision est inappropriée et politiquement inefficace.

1) Oui, le Président a le droit de destituer le Maire d’une ville; la loi, votée par nos députés et sénateurs, le lui donne le droit. On peut le regretter voire condamner mais il aurait fallu se battre au moment de l’instruction de ce dispositif.
Mais qui sont les responsables? Nos élus, députés et sénateurs qui ne sont, pour la majorité d’eux que des âpres au gain et aux avantages de la République, seulement motivés par leurs postes (avec souvent de l’inconscience politique: combien parmi d’eux sont passés de l’Arema ou MFM ou AKFM à TIM et demain à autres choses?), les 4x4 et les impunités qui vont avec leurs statuts.
D’ailleurs les entendez vous en ce moment?
D’aucuns disent, c’est pour cela qu’il faut faire un coup d'état et changer la loi, voire la constitution. NON, on ne doit changer la loi qu’avec une majorité à l'Assemblée donc passer par les urnes d’abord, en respectant les échéances électorales.

2) Cette décision est inappropriée car la vraie question légale est de savoir si l’Acte de Andry Rajoelina est un délit. Si oui, une plainte déposée au pénal aurait été suffisante; Si par contre, l’Administration actuelle ne le considère pas comme un délit alors cela ne mérite même pas une réponse, même verbale.

3) Elle est politiquement inefficace car elle ne resoud pas le problème sur le fond. La fronde actuelle, exploitée par les Politiciens Professionnels dont Andry n’est que le porte-drapeau, au sens propre du terme, vient entre autres:
  • de la frustration d’une partie desoligangs’ et de ces ‘Politiciens Professionnels’ locaux sur le partage des opportunités ‘business’ dans le pays,
  • des vrais difficultés économiques d’une frange de la population qui n’ont pas pu bénéficier des fruits de la réelle croissance économique du pays,
  • de la grande disparité des richesses dans le pays, ceci n’est pas un phénomène récent, elle s’est accélérée avec la croissance économique. Souvenez vous de la chanson de ‘Lolo sy ny Tariny’ en 1978 (il y a 30 ans!) sur les grosses voitures qui envahissaient nos campagnes!
  • du non-respect des règles de concurrence entre les entreprises, un vrai problème structurel à terme,
  • et enfin, du choc culturel imposé par le ‘bulldozer’ Ravalomanana qui secoue le fort intérieur du Malagasy sur les questions fondamentales pour lui tel que la vente ou location des terres aux étrangers. Cette loi sur le ‘bail empytheotique’, votée par les députés, encore une fois, n’a pas été instruite avec les explications et le temps qu’il fallait. Elle est passée car le Président le voulait, personne n’osait s’opposer ou s’il y avait des avertissements, Ravalomanana ne les écoutait pas , comme à l’habitude.
La balle est dans le camp du Président et j’entends par là: la personne.

Ravalomanana a le charisme et le leadership requis pour sortir ce pays de sa torpeur à la ‘mora-mora’
mais le CHANGEMENT ne se décrète pas, il dépend surtout de la volonté (la capacité, il en a) du Dirigeant à re-motiver et entraîner les gens.

Si Ravalomanana accepte de changer son ‘comportement’, il retrouvera rapidement son aura auprès des Malagasy et toutes ces frustrations seront atténuées et les agitateurs professionnels de père-en-fils (Read my lips here!) devraient trouver du vrai travail.

Le plus tôt, il entame ce virage comportemental, mieux sera pour le pays et probablement pour lui aussi.

Solofo Rafenombolatiana